Les congés d’été ne signifient pas forcément moins d’accidents
L’été est souvent perçu comme une période plus calme dans les entreprises. Les effectifs diminuent au rythme des départs en congés, certains services tournent au ralenti et de nombreux décideurs profitent eux aussi de cette parenthèse estivale. L’activité semble ralentir et, avec elle, les préoccupations liées à la sécurité.
Pourtant, cette impression est parfois trompeuse.
Dans de nombreux secteurs, les mois de juillet et d’août constituent au contraire une période particulièrement sensible en matière de prévention des risques professionnels. Les équipes sont recomposées, les habitudes de travail évoluent, les salariés expérimentés sont remplacés par des intérimaires ou des saisonniers, tandis que les épisodes de fortes chaleurs viennent accentuer la fatigue et diminuer la vigilance. Autrement dit, les risques ne disparaissent pas avec les vacances. Ils changent de visage.
Pour les élus du Comité social et économique, cette période mérite donc une attention toute particulière. Plus que jamais, la prévention doit rester un sujet de dialogue social.
Une organisation fragilisée par les congés
Lorsqu’un salarié expérimenté s’absente plusieurs semaines, il ne part pas uniquement avec ses congés. Il emporte aussi avec lui une partie de son expérience, de ses automatismes et de sa connaissance du terrain. Pour maintenir l’activité, les entreprises réorganisent les équipes. Certains collaborateurs changent temporairement de poste, d’autres voient leur charge de travail augmenter. Des intérimaires, des apprentis ou des saisonniers viennent parfois compléter les effectifs.
Cette réorganisation est souvent indispensable. Mais elle crée également de nouvelles situations de travail qui n’existaient pas quelques semaines auparavant. Un salarié amené à utiliser ponctuellement un équipement qu’il maîtrise moins bien, une équipe réduite qui doit maintenir le même niveau de production ou un nouvel arrivant qui découvre son environnement de travail constituent autant de situations susceptibles d’augmenter le risque d’accident.
Ce ne sont pas les congés qui créent le danger. C’est l’organisation mise en place pour les rendre possibles.
Les fortes chaleurs aggravent la situation

À cette fragilité organisationnelle s’ajoute désormais un phénomène qui s’impose progressivement comme une nouvelle réalité du travail : les épisodes de fortes chaleurs. La fatigue apparaît plus rapidement. Les capacités de concentration diminuent. Les gestes deviennent parfois moins précis. Les temps de réaction s’allongent.
Dans les ateliers, les entrepôts, les cuisines, les chantiers ou certaines plateformes logistiques, ces effets peuvent être particulièrement marqués. Mais les bureaux ne sont pas épargnés. Un bâtiment mal isolé ou insuffisamment ventilé peut lui aussi dégrader les conditions de travail et favoriser les erreurs. Depuis le 1er juillet 2025, la réglementation a d’ailleurs évolué afin de renforcer la prévention des risques liés aux épisodes de chaleur intense. Cette évolution rappelle que la chaleur n’est plus une simple question de confort : elle constitue désormais un véritable risque professionnel que l’employeur doit intégrer dans sa démarche de prévention.
L’expérience reste l’un des meilleurs outils de prévention
Les statistiques montrent régulièrement que les nouveaux embauchés et les salariés occupant récemment un poste sont davantage exposés aux accidents du travail. L’été concentre justement plusieurs facteurs de vulnérabilité : recrutement de saisonniers, recours à l’intérim, mobilité interne temporaire ou reprise après plusieurs semaines d’absence. L’intégration d’un nouveau salarié ne peut pas se résumer à la remise d’un badge ou à la signature d’un livret d’accueil. Elle suppose une véritable transmission des consignes de sécurité, une connaissance des risques propres au poste et, lorsque cela est possible, un accompagnement par des collaborateurs expérimentés.
Cette phase d’intégration est souvent décisive.
Le rôle du CSE : anticiper plutôt que constater
On associe souvent le CSE à l’analyse des accidents lorsqu’ils se sont déjà produits. Pourtant, sa valeur ajoutée réside avant tout dans sa capacité à intervenir en amont. Avant la période estivale, les élus peuvent s’interroger sur les conséquences concrètes des congés d’été pour les salariés qui resteront présents dans l’entreprise.
Les remplacements sont-ils correctement préparés ? Les nouveaux arrivants bénéficient-ils d’un véritable accueil sécurité ? Les équipes disposent-elles des effectifs nécessaires ? Les horaires seront-ils adaptés en cas de fortes chaleurs ? Les risques liés à cette organisation temporaire figurent-ils bien dans le Document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) ?
Ces questions ne traduisent pas une défiance à l’égard de l’employeur. Elles participent pleinement à la mission du CSE : contribuer à préserver la santé et la sécurité des salariés en améliorant les conditions de travail.
Une prévention qui commence avant les vacances
La prévention estivale ne s’improvise pas au moment où les premiers salariés ferment leur ordinateur pour partir en congés. Elle se prépare plusieurs semaines auparavant.
C’est au moment où sont élaborés les plannings, organisés les remplacements, programmées les interventions de maintenance ou recrutés les renforts saisonniers que se construisent les conditions d’un été plus sûr. Cette anticipation est d’autant plus importante que les entreprises doivent désormais composer avec des épisodes de fortes chaleurs plus fréquents et plus intenses.
Le changement climatique vient ajouter une nouvelle dimension à une période déjà sensible.
Faire de l’été un sujet de dialogue social
Les accidents du travail ne sont jamais le fruit du hasard. Ils résultent le plus souvent d’une combinaison de facteurs humains, techniques et organisationnels. L’été réunit précisément plusieurs de ces facteurs. C’est pourquoi cette période mérite d’être pleinement intégrée aux échanges entre l’employeur et les représentants du personnel.
Le dialogue social ne consiste pas uniquement à réagir lorsqu’un accident survient. Il consiste aussi à identifier les situations qui pourraient conduire à un accident et à construire, ensemble, des solutions adaptées. Car si les vacances permettent aux salariés de récupérer, elles ne mettent malheureusement jamais les risques professionnels entre parenthèses.
Au contraire, elles rappellent que la prévention est une démarche permanente, qui s’adapte aux saisons, aux organisations et aux évolutions du monde du travail.
Article rédigé le 21.07.26 par
Sébastien Taraud